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4. Appeals, News and Views from Endangered Communities

Non à l'enseignement glossocide de tamazight ! - Déclaration de la Confédération de Tada

mercredi 30 juillet 2003:
La Confédération Tada des Associations Culturelles Amazighes du Maroc

"Le Ministère de l'Education Nationale, en partenariat avec l'Institut Royal de la Culture Amazighe (I.R.C.A.M), a décidé d'introduire tamazight dans le cursus scolaire à partir de l'année scolaire 2003/2004…", ne cessent d'annoncer les médias officiels marocains depuis quelques semaines dans le dessein de faire croire aux "sujets" que leur langue et leur culture seraient enfin reconnues comme telles et prises en charge par le Makhzen.

Or, en prenant cette décision, le Makhzen, dont lesdits Ministère et Institut ne sont que des instruments, n'a aucunement pour objectif d'émanciper et de promouvoir la langue amazighe. En fait, en décidant d'introduire tamazight à son école, le Makhzen ne fait que poursuivre sa politique séculaire anti-amazighe. Il n'ouvre les portes de sa méderssa devant cette langue que pour se l'approprier, la maîtriser, la dénaturer et l'affaiblir davantage en la vidant de son essence. Il suffit de voir les moyens dérisoires et humiliants destinés à cette action "historique" pour se rendre compte que le Ministère et ses complices ont tout machiné pour que ses résultats ne puissent être que catastrophiques pour la langue amazighe, pour la culture qu'elle véhicule et pour tout le peuple amazighe, qui a su et pu assurer sa persistance depuis des millénaires malgré les vicissitudes de son Histoire.

Pour introduire les "dialectes" amazighes à l'école, le Ministère s'est contenté de faire appel à des instituteurs d'arabe et de français qui n'ont aucune formation scolaire, et encore moins universitaire, en langue amazighe ! Certains d'entre eux sont, certes, amazighophones ; mais suffit-il de parler une langue pour l'enseigner ? Le Makhzen et ses acolytes savent très bien que non ! D'autres -et c'est le comble de l'absurdité- arabophones qu'ils sont, ils ne connaissent pratiquement aucun mot de cette langue que le Ministère et l'Institut veulent leur faire enseigner !

Pour "recycler" ces enseignants, le Ministère les a convoqués pour un soi-disant stage de douze jours, juste le temps d'apprendre un pseudo-alphabet tifinagh confectionné par les "savants" de l'I.R.C.AM, en rupture totale avec la réalité de la langue amazighe, qui s'écrit et se lit dans toutes les régions de Tamazgha, depuis des décennies, voire depuis des siècles, essentiellement en caractères latins et accessoirement en caractères arabes, le tifinagh, le vrai, étant réservé à des usages plus emblématiques que pratiques. Ces pauvres enseignants de dialectes n'ont donc rien à transmettre à leurs élèves hormis ce faux alphabet inutile, en lequel absolument rien n'est écrit !

 

 

En la propulsant à l'école avec des enseignants sans formation en la matière, avec un alphabet défiguré et sans programme scolaire digne de ce nom, le Makhzen vise à vider la langue amazighe de sa vivacité et de son essence et, ainsi, à persuader les écoliers et, à travers eux, l'opinion publique que tamazight ne serait qu'"un idiome inapte, sans écriture valable, sans littérature, sans grammaire, sans arts, sans histoire, incapable de véhiculer le savoir, et, donc, inutile".

Cette machination, typiquement makhzénienne, a pour but de susciter chez les Imazighens, par le biais de l'école, et après quelques années d' "expérimentation", une attitude de rejet à l'égard de leur propre langue et de leur propre identité, ce qui facilitera au Makhzen d'expulser encore une fois les "dialectes berbères" de son école pour "inaptitude". Ce même Etat marocain n'a-t-il pas déjà banni tamazight de son école en 1956 pour, disait-il alors, "préserver la cohésion nationale", comme si la langue d'un peuple pouvait menacer sa cohésion ? En faisant semblant de satisfaire les revendications, légitimes, du Mouvement Culturel Amazighe, le Makhzen cherche à gagner encore du temps en cantonnant l'Amazighité dans une "réserve dialectale", en attendant, et en préparant, son extinction.

Si cette intégration piégée de tamazight à l'école du Makhzen venait à être mise en application, elle ferait reculer notre langue, notre culture et notre Histoire de plusieurs décennies…

Devant ce danger, qui menace le devenir identitaire et existentiel du peuple amazighe sur sa propre terre, la Confédération Tada des Associations Culturelles Amazighes du Maroc lance un appel à tous les militants et à tous les sympathisants de la cause amazighe à rejeter catégoriquement et à dénoncer énergiquement cet enseignement glossocide de tamazight et à exiger de l'Etat marocain, avant une intégration sérieuse de la langue amazighe à l'école, une vraie reconnaissance de l'Amazighité du Maroc, en commençant par le commencement, à savoir la constitutionnalisation de tamazight en tant que langue nationale et officielle du Maroc, de tout le Maroc.

Le Makhzen a sans doute pu tromper presque tous les Imazighens pour quelque temps, il peut encore tromper quelques Imazighens pour longtemps, mais il ne peut aucunement tromper tous les Imazighens pour tout le temps !

Azrou le 29 juillet 2003

Pour le Bureau de la Confédération Tada des Associations Culturelles Amazighes du Maroc
Le Président : Said JAAFAR

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